Fellows : des pâtes, du bruit, peu d’âme
- Paris

- 11 avr. 2025
- 2 min de lecture

Un samedi soir de pluie, nos envies se tournaient vers un lieu simple et chaleureux, un coin où l’on pourrait se réchauffer autour de pâtes fraîches et de bons mots. Fellows semblait promettre tout cela : une cuisine végétarienne, artisanale, abordable, nichée dans le 10e arrondissement.
Mais à peine le seuil franchi, l’illusion se dissipe. La salle est saturée, la musique monte, les voix se heurtent, et le brouhaha nous engloutit. Pas de regard, pas de bonsoir, juste des serveurs pressés qui passent comme des ombres. Malgré notre réservation, l’attente s’étire, sans explication, dans un vestibule sans âme.
Quand enfin on nous installe, ce n’est pas à notre table promise, mais à une grande table d’hôtes, partagée. Une idée qui, dans d’autres lieux, aurait pu avoir du charme. Mais ici, elle devient contrainte : à trois, on nous place en quinconce. Je dîne donc face à un inconnu, assis à distance de mes compagnons. L’inconfort devient central, comme une métaphore du service : mécanique et impersonnel.
Heureusement, la cuisine tente de rattraper ce froid. Nous partageons quatre assiettes, et certaines tirent leur épingle du jeu. Les mafaldine à la tomate et harissa maison ouvrent le bal avec panache : sauce vive, bien équilibrée, chaleur dosée. Une belle première bouchée.
Les pici au fromage fumé et pickles de moutarde intriguent : riches, affirmés, mais vite lourd. Le fumé domine et fatigue le palais. Les pappardelle aux asperges citronnées, sauce aux amandes et chapelure, sont les plus fades. L’idée est là, la texture aussi, mais le goût s’éteint avant d’avoir commencé. Reste une assiette gentille, un peu pâle.
Puis viennent les maxi pappardelle, généreuses, nappées de compotée d’oignons, crème fraîche, croutons et tomme du Béarn. Un plat rustique, opulent, presque campagnard dans l’âme. Pas raffiné, non, mais honnête, réconfortant, un plat qui tient chaud même si le cœur reste à distance.
Un oubli, pourtant, persiste : le vin, commandé, jamais servi. Il faudra attendre la fin du repas pour que l’on s’excuse, en nous offrant un dessert en dédommagement. Ce sera un rocher glacé à la noisette — massif, un peu grossier, mais pas désagréable. Geste bienvenu, certes, mais bien tardif.
En sortant, on se dit que Fellows avait tout pour plaire, mais que le cœur n’y est pas. Si les pâtes tiennent globalement la route, si les prix restent doux, l’humain manque cruellement. Dans ce petit restaurant à l’ambiance trop bruyante, l’essentiel s’est perdu : l’accueil, l’attention, ce petit supplément d’âme qui transforme un dîner en souvenir.
Une adresse pour ceux qui n’attendent rien d’autre qu’un plat de pâtes consistant. Mais pas pour ceux qui cherchent un peu de chaleur dans la pluie.
Chez Fellows, la sauce prend parfois, mais jamais le lien. Une table pour manger vite, pas pour se sentir attendu. L’adresse nourrit, mais n’accueille pas.
















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